Trouver un emploi ou rentrer chez soi: la réalité des étudiants étrangers

Les diplômés du secondaire et étudiants du postsecondaire canadien, qui ne peuvent pas trouver de travail en raison de la CoViD-19, peuvent maintenant bénéficier de la prestation d’urgence fédérale (PCUE) de 1 250 à 2 000 $ pour quatre semaines.

Mais Mauranne, Cécile et Matthieu ne pourront pas y prétendre. Ces trois étudiants internationaux, originaires de l’île de la Martinique, à la poursuite du rêve canadien, repensent leurs projets depuis le confinement.

Réalité d'étudiants internationaux
Mauranne pourra peut-être célébrer ses 24 ans déconfinée, au mois de septembre.

En attendant le déconfinement

Mauranne étudie la relation client au Collège ILAC à Toronto depuis février dernier. Elle  doit effectuer un stage de cinq mois dès la fin de l’été pour valider sa formation d’un an.

Les frais de formation incluent ses trois premiers mois d’hébergement dans la ville reine. L’étudiante est nourrie et logée en famille d’accueil jusqu’à la fin mai.

Passé ce délai, le loyer sera à sa charge. Elle planifie de rester en famille d’accueil, car elle ne dépense pour le moment que 800 $ par mois.

«Pas évident de vivre le confinement avec des inconnus», explique Mauranne, hébergée par un couple et deux fillettes qu’elle connaît depuis peu.

L’emploi salvateur

Mauranne poursuit ses recherches d’emploi, à l’affût de changements dans le secteur touristique, son domaine de prédilection.

Si elle ne trouve pas d’emploi, elle pense être en mesure de vivre de ses deux ans d’économie, jusqu’en septembre. Autrement, elle sera contrainte de quitter le programme pour retrouver son île.

«J’ai plus peur de ne pas trouver du travail et de revenir en Martinique sans avoir validé mon diplôme, que d’être en contact avec la clientèle», assure-t-elle.

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Matthieu, 24 ans, est en recherche d’emploi pour valider son année scolaire.

Reculer pour sauter

Matthieu est étudiant en Mangement et Affaires internationales à Tamwood International College.

Il travaillait en parallèle, jusqu’à récemment en central d’appel pour l’agence Sécuritas. Il a travaillé trois mois, mais se retrouve aujourd’hui sans emploi.

Il occupe une chambre à 780 $ par mois, dans une maison qu’il partage avec des jeunes travailleurs et d’autres étudiants. La crise  n’a pas eu d’incidence sur le montant de son loyer, mais ses économies ne couvriront ses dépenses que jusqu’en juin.

Au-delà de ce délai, il quitterait temporairement le Canada pour rejoindre sa famille en Martinique.  

Solidarité contre l’adversité

Le centre de formation de Matthieu ne l’aura pas beaucoup soutenu ces derniers mois. Avec d’autres étudiants, ils ont créé un groupe virtuel pour s’échanger  des informations importantes.

Ils se renseignent sur les indemnités auxquelles ils pourraient prétendre, comme la PCUE ou l’assurance emploi.

Il envisage de suivre les conseils d’un colocataire étudiant: «comme j’ai un numéro d’assurance sociale, et un permis de travail, l’assurance emploi est plus avantageuse pour moi».

Matthieu reste à la recherche d’un stage de fin d’études pour terminer sa formation. Mais les conditions sanitaires compliquent ses recherches. Il espère faire d’une pierre deux coups et trouver un stage rémunéré qui lui permette à la fois de subvenir à ses besoins et de valider sa formation. 

Il précise qu’il a jusqu’à douze semaines avant la fin de son visa de travail pour trouver la perle rare.  

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Cécile, étudiante du Collège Boréal, est rentrée en Martinique et y a terminé son semestre à distance.

Un retour anticipé

Cécile est étudiante en administration des affaires au Collège Boréal depuis septembre. Elle a validé sa première année de cursus le 17 avril. La jeune Martiniquaise prévoyait un retour au Collège dans les jours qui ont suivi l’annonce de fermeture temporaire.

Elle a finalement terminé son semestre  à distance, auprès de sa famille, en Martinique. Au Canada, sa colocataire a réuni ses affaires.

Cécile compte occuper un emploi d’été sur son île pour préparer financièrement sa rentrée scolaire. Puis, une fois de retour à Toronto, elle pense travailler pour couvrir ses dépenses.

Son visa étudiant le lui permet, mais la pénurie d’emplois pourrait contrarier ses projets à court terme.

Un soutien apprécié

Jusqu’ici, la jeune femme recevait le soutien financier de sa famille pour son loyer de 1 300 $ par mois. Elle reconnaît son privilège et pense que les étudiants devraient s’entraider.

«Il ne faut pas jouer les égoïstes, il y en a qui sont en détresse alors que mes parents sont là, donc on a les ressources nécessaires. Bon, j’imagine qu’il y en a plein qui sont dans cette situation-là. Mais ce n’est peut-être pas tout le monde qui pense comme moi.»

Enfin, Cécile reconnaît le soutien du Collège. Elle estime que l’institution a su réagir et s’adapter à la situation.  

Une issue satisfaisante

Mélanie Doyon, la gestionnaire du service des liaisons internationales du Collège Boréal, explique comment l’institution s’est assuré du suivi scolaire de ses étudiants, depuis l’annonce de suspension des cours en présentiel.

D’après Mme Doyon, le Collège avait déjà l’habitude du mode alternatif pour la livraison de cours. Il n’y a pas eu de réels défis techniques,  malgré le confinement, selon elle: «l’année académique 2019-2020 s’est terminée tel que prévu».  

Un support individualisé

La gestionnaire ajoute que le Collège n’a pas négligé le bien-être et la santé mentale de ses étudiants.

«Il y a eu des suivis auprès des étudiants internationaux, pour lesquelles le défi peut être plus grand puisqu’ils sont loin de chez eux. Alors il y a eu des appels personnalisés auprès d’eux pour voir s’ils parvenaient à compléter leurs cours, comment ils allaient, s’ils communiquaient fréquemment avec leurs familles.»

 Par ailleurs Mélanie Doyon a précisé que les étudiants internationaux étaient régulièrement informés des mises à jours du gouvernement.

Pas évident pour les étudiants étrangers à Toronto, pendant la pandémie, de trouver un emploi pour réussir à poursuivre leurs études. Photo: Zoe Fernandez, Unsplash

Le plan gouvernemental

La crise sanitaire est devenue une crise économique. Elle touche les moins nantis de la population canadienne. Parmi ceux-là, les étudiants internationaux.

Selon Affaires mondiales Canada, «en 2018, l’apport des étudiants internationaux à l’économie canadienne s’est chiffré à environ 21,6 milliards $.»

Leur présence est indispensable au Canada à plusieurs égards: économique, culturelle, démographique, selon Ahmed Hussen, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada.

Celui-ci déclarait l’an dernier que le pays devait attirer les étudiants étrangers tout en s’assurant d’avoir les outils nécessaires pour mieux les protéger.

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