Le monde de la fiction est puissant

Guillaume Musso: 46 ans, 18 romans en 20 ans, plus de 35 millions d’exemplaires vendus de par le monde, traduction en 44 langues. Dans son tout dernier ouvrage, La vie est un roman, fiction et réalité s’entrecroisent, s’embrouillent le plus souvent. Ce roman atypique devient une occasion de réfléchir sur le métier d’écrivain.

Musso adore les histoires complexes et compliquées, les rebondissements inattendus et les revirements de situation.

L’intrigue met en scène une romancière américaine dont la fillette de trois ans disparaît et un romancier français qui s’avère être le double de Musso. Divisé en trois actes et deux coups de théâtre, ce roman raconte une histoire qui semble parfois (souvent?) abracadabrante.

Je n’en dis pas plus au sujet de l’intrigue pour ne pas dévoiler le punch. Sachez tout simplement que vous vous demanderez souvent qui est vraiment l’écrivain et qui sont les personnages?

La force de la fiction

La richesse du roman réside, à mon avis, dans la réflexion et l’éloquence de Musso. De prime abord, il affirme que le romancier sait mieux que quiconque comment capter chez les gens quelque chose qu’ils ignorent d’eux-mêmes.

Et il ajoute tout de go que «la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire au réel ou de panser les plaies infligées par la violence alentour». L’écriture, pense-t-il, est ce qui permet à un romancier d’identifier, de cristalliser et d’évacuer ses névroses et ses obsessions.

Pour écrire La vie est un roman, Guillaume Musso s’est inspiré d’une foule d’écrivains. J’en nomme quelques-uns en ordre alphabétique: Bergson, Camus, Duras, Freud, Hugo, Kafka, Irving, Kierkegaard, King, Miller, Montherlant, Pagnol, Proust, Rimbaud, Sartre, Shakespeare, Simenon, Wilde.

Descendre en soi

Il paraphrase Alberto Manguel (qui citait Borges) et affirme que les lecteurs lisent le livre qu’ils veulent lire, pas celui que le romancier a écrit. Cela dit, Musso rappelle qu’écrire un roman nécessite de descendre profondément en soi. «C’est là que se trouvent les idées les plus audacieuses, les fulgurances, l’âme des personnages, l’étincelle de la créativité.»

À la question «vous avez voulu devenir écrivain parce que ça vous fait bander d’être un tyran qui terrorise ses personnages?», il répond qu’écrire, c’est défier l’ordonnancement du monde, conjurer par les mots ses imperfections et son absurdité.

Pendant 20 ans, Musso a essayé de mettre de la vie dans ses fictions. Maintenant, il sent le besoin de mettre de la fiction dans sa vie. À son avis, tous les vrais créateurs sont fous; leur cerveau est en suractivité permanente, toujours sur le point d’imploser.

Monde dangereux

En conclusion, je retiens que le monde de la fiction est puissant, voire dangereux. En nouant des rapports étroits avec ses personnages, le romancier peut vraiment avoir peur de l’un d’eux, qui se décide de l’interpeler directement au cours de l’écriture d’un roman.

Oh, j’ai oublié de mentionner que Musso, comme tous les vrais écrivains, n’écrit pas avec des plumes Caran d’Ache ou Montblanc dans des cahiers Moleskine achetés sur Christopher Street.

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