L’histoire des francophones au pays, deux visions

Quelle est la vision historique des jeunes francophones au Québec et en Ontario? Partagent-ils un patrimoine mémoriel et historique commun? Ont-ils recours au passé pour se forger une identité citoyenne?

Voilà les questions auxquelles Stéphane Lévesque et Jean-Philippe Croteau ont tenté de répondre dans L’avenir du passé – Identité, mémoire et récits de la jeunesse québécoise et franco-ontarienne.

635 jeunes

L’enquête de Lévesque et Croteau a été menée à l’hiver et au printemps 2016 auprès de 385 jeunes Québécois et 250 jeunes Franco-Ontariens âgés en moyenne de 16 ans. On leur a dit: «Racontez-moi l’histoire des francophones au pays comme tu la connais.»

La consigne suivante a été formulée: «Tu peux présenter ton propos comme bon te semble en insistant sur les éléments du passé que TU juges importants, et ce, peu importe la façon dont on présente, décrit ou raconte habituellement ou autrement l’histoire.»

Les élèves disposaient de deux pages blanches pour rédiger à la main leur récit, sans l’aide d’un manuel scolaire et sans accès à Internet. L’exercice avait une durée de 60 minutes. Les 635 jeunes ont tous signé le formulaire de consentement.

Cours d’histoire

Dans une province comme dans l’autre, ces 635 jeunes avaient terminé les cours d’histoire nationale de leurs parcours scolaire obligatoire. Il s’agit de deux cours au Québec (3e et 4e secondaire) et de trois cours en Ontario (7e, 8e et 10e année).

En Ontario, les filles et les garçons comptaient respectivement pour 55 et 45 % du groupe, exactement l’inverse au Québec. Si 86% des jeunes étaient de langue maternelle française au Québec, ce taux chutait étrangement à 49% en Ontario.

Les récits des jeunes provenaient de 7 écoles québécoises (Montréal, Nord de Montréal, Québec, Outaouais, Bois-Francs et Saguenay-Lac-Saint-Jean), et de 6 écoles ontariennes (Ottawa et Est, Nord-Est et Sud).

Lutte francophones

L’étude démontre que ces jeunes du Québec et de l’Ontario partagent «un même schéma narratif de l’expérience historique, soit celui de l’adversité et de la lutte des francophones pour leurs droits et leur langue dans un pays anglo-dominant».

On note que le moment fondateur du récit pour les Franco-Ontariens est la crise du Règlement 17. Pour les Québécois, il s’agit d’un enchaînement de luttes et de batailles, dont la Conquête représente un moment clé.

Les auteurs écrivent que «la vision de ce que réserve l’avenir de leur collectivité est somme toute similaire dans les deux groupes étudiés». Il n’y a pas de différence très marquée entre les jeunes francophones du Québec et de l’Ontario, sauf que les élèves franco-ontariens semblent un peu plus optimistes face à leur avenir, notamment dans l’Est ontarien.

Les filles plus optimistes

L’enquête de Stéphane Lévesque et Jean-Philippe Croteau démontre «que les filles des deux provinces ont une vision plus optimiste de leur passé, qu’elles conçoivent davantage l’histoire des francophones comme partie intégrante du grand ensemble canadien et qu’elles portent une attention particulière aux aspects culturels et sociaux de l’histoire».

Les garçons centrent plutôt l’histoire de l’expérience des francophones sur les aspects militaires et politiques. Ils ont une vision moins positive que les filles. On note toutefois que l’écart entre les genres est moins prononcé au Québec, «comme s’il y avait dans une société majoritaire convergence des récits, du moins en ce qui a trait aux filles et aux garçons».

Les auteurs notent, en conclusion, que les jeunes québécois se replient pour l’essentiel sur le territoire provincial, qu’ils définissent comme leur nation, tandis que leurs camarades franco-ontariens racontent une histoire centrée sur le Canada ou l’Ontario français dans le cadre canadien.

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