«La communauté noire doit se défaire des chaînes de son passé»

Plusieurs événements récents ont mis en lumière à quel point le racisme est toujours présent dans les sociétés occidentales, malgré que la situation se soit améliorée au cours des dernières décennies.

D’après Fété Ngira-Batware Kimpiobi et Ketcia Peters, qui travaillent toutes deux à l’amélioration des conditions de vie socioéconomiques des communautés noires au Canada, les blessures du passé coulent encore dans les veines de la communauté noire franco-ontarienne.

«Depuis des siècles, le peuple noir est marginalisé», rappelle Fété Ngira-Batware Kimpiobi, directrice générale de l’organisme communautaire Solidarité des femmes immigrantes francophones du Niagara (SOFIFRAN).

Créé en 2007, il a pour vocation «d’accompagner les femmes et leurs familles dans leur processus d’intégration au Niagara en offrant des services dans le domaine social, économique, éducatif et culturel».

Deux époques, un même comportement

Fété Ngira-Batware Kimpiobi indique que même si l’esclavage a été aboli au Canada en 1834 et aux États-Unis en 1835, et que la colonisation européenne dans les pays africains a pris fin il y a quelques décennies, les comportements des deux peuples n’ont pas changé.

«D’un côté, certains Blancs se comportent encore comme des tortionnaires, continuant à tuer des Noirs [comme Derek Chauvin, le policier ayant tué George Floyd] ; et de l’autre côté, certains membres de la communauté noire se comportent encore comme des esclaves et colonisés, notamment en se rabaissant constamment et en ayant une image négative d’eux-mêmes», avance la directrice de SOFIFRAN.

Fété Ngira-Batware Kimpiobi

Cette vision négative d’eux-mêmes remonterait à l’époque de la colonisation et du racisme. «On leur disait que tout ce qui était noir n’était pas beau. Leurs lèvres et leurs fesses étant trop grosses, etc.»

Parallèlement, l’histoire se répète toujours à l’heure actuelle, selon Ketcia Peters, directrice générale de Racines du développement Nord-Sud et Culture Canada.

Elle affirme que certains Noirs se trouvent toujours en situation d’exploitation économique, notamment sur le continent africain. En Amérique du Nord, certains employés domestiques seraient encore en situation d’esclavage puisqu’ils travaillent moins que le salaire minimum ou ne sont pas payés.

Ketcia Peters

Préjugés inconscients et institutionnels

Stéphanie Garneau, professeure de sociologie de l’Université d’Ottawa, explique que le colonialisme, l’esclavage et la ségrégation raciale se retrouvent encore aujourd’hui dans les préjugés inconscients et dans la façon dont certaines institutions fonctionnent.

Stéphanie Garneau

«Ces catégories collectives de pensée, hiérarchisées, circulent toujours et orientent le regard de tout le monde, y compris des personnes racisées elles-mêmes.»

«Seulement, les personnes blanches ne font pas l’expérience dans leur corps de la stigmatisation et de la discrimination raciales, contrairement à de nombreuses personnes qui subissent tous les jours des actes de racisation, ce qui fait que leurs préjugés sont plus profondément ancrés et restent plus longtemps inconscients.»

Baljit Nagra, professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa, affirme à cet égard qu’historiquement, la couleur de peau a été utilisée par les Blancs pour distinguer la valeur de la vie des gens. L’époque aurait laissé des traces dans l’inconscient des Blancs, qui auraient désormais des préjugés basés sur la couleur de peau et sur le nom d’une personne.

Baljit Nagra

Se tourner vers l’avenir

Selon Fété Ngira-Batware Kimpiobi, afin de se tourner vers l’avenir avec sérénité, la communauté noire doit retrouver son identité et se défaire des chaînes de son passé.

«Les Noirs doivent retrouver leur dignité et leur fierté, tout en se levant et en arrêtant de projeter une image qui rappelle leur passé.»

«Les Blancs peuvent les accompagner dans leurs efforts en les soutenant [dans leur combat contre le racisme] et en revoyant leur mode d’enseignement dès la maternelle [afin de contrer les préjugés], mais le gros du travail, c’est à la communauté noire de le faire», évalue Fété Ngira-Batware Kimpiobi.

Tout en déplorant les violences policières, particulièrement à l’encontre des communautés racialisées, elle espère que cette prise de conscience sociétale permettra d’accélérer le processus de changement des mentalités chez les communautés noires, qui se lèvent pour faire changer les choses.

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